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التعريف بمدينة آفلو


Alger, Algérie : documents algériens

Série monographies : Sahara
Le Djebel Amour

8 pages - n° 14 - 5 février 1955


 Au cœur de l'Algérie, au sud-est du département d'Oran, touchant aux Territoires de Ghardaïa et d'Aïn-Sefra, isolé par de vastes étendues, bastion de l'Atlas saharien, frontière entre le Sahara et les Hauts-Plateaux, le Djebel Amour est une région des plus originales et dont on parle peu. Sa superficie est assez grande : environ cent kilomètres sur soixante avec un long tronçon étroit au sud correspondant aux terrains de parcours nomades, exactement 7.710 kilomètres carrés. Sa population, d'environ 35.000 âmes, n'a pas une densité très supérieure à 4 au kilomètre carré. C'est peu, on le voit, si l'on songe aux 246 habitants au kilomètre carré de la Commune mixte du Djurdjura en Grande Kabylie.


---------Au cœur de l'Algérie, au sud-est du département d'Oran, touchant aux Territoires de Ghardaïa et d'Aïn-Sefra, isolé par de vastes étendues, bastion de l'Atlas saharien, frontière entre le Sahara et les Hauts-Plateaux, le Djebel Amour est une région des plus originales et dont on parle peu. Sa superficie est assez grande : environ cent kilomètres sur soixante avec un long tronçon étroit au sud correspondant aux terrains de parcours nomades, exactement 7.710 kilomètres carrés. Sa population, d'environ 35.000 âmes, n'a pas une densité très supérieure à 4 au kilomètre carré. C'est peu, on le voit, si l'on songe aux 246 habitants au kilomètre carré de la Commune mixte du Djurdjura en Grande Kabylie.
---------Cette population est formée, pour la très grande majorité, de dix tribus nomadisant pour la plupart à l'intérieur de la commune mixte, de qçour de cinq cents à mille habitants chacun et du Centre d'Aflou, qui dépasse quatre mille âmes, dont une centaine d'Européens et quelque 800 Israélites venus du Mzab au début du siècle.

Aflou, chef-lieu de la commune mixte, au coeur du massif, est à 1.426 mètres d'altitude. C'est l'une des localités les plus élevées de l'Algérie ; l'une des plus froides aussi, malgré la latitude ; la température y va de -10 à + 36. Le rr,assif est un vrai château d'eau donnant naissance à trois grand cours d'eau : le Chéiif qui coule vers le nord, l'oued Mzi qui coule vers l'est et Laghouat, l'oued Zergoun, qui se dirige vers le sud, se perd dans les sables et alimente sans doute la nappe artésienne du Mzab et d'El Goléa.

---------Les points culminants du Djebel Amour atteignent de 1.700 à près de 2.000 mètres. L'altitude moyenne du massif dépasse 1.200. Ch, se curieuse, on peut arriver à Aflou sans se douter qu'on est vraiment en montagne, tant la pente est relativement douce, tant le massif est vieux. Et cela aussi bien en venant de Laghouat par une piste qui n'est pas à recommander aux voitures ordinaires et aux reins sensibles, qu'en venant de Tiaret et Trézel par la belle route qui traverse en droite ligne, nard-ouest, sud-est la fameuse mer d'alfa. C'est plutôt du côté de Taouïala qu'on se rend comp e des abrupts sur le désert. Sinon vous vous trouvez à 1.500 mètres à peu près sans vous en être aperçu autrement qu'à l'air plus et au changement de végétation.. Après tant d'aridité, Aflou apparaît comme un coin presque féerique de verdure et de fraîcheur, avec ses eaux, ses prairies naturelles, ses peupliers, ses arbres fruitiers. Le massif devait être autrefois très boisé, à l'exception des ' larges vallées propres à la culture et de plateaux bons pour l'élevage. Au début du siècle la forêt arrivait, t'ai ajusqu'aux abords d'Aflou. Elle en est loin aujourd'hui. Il subsiste encore de beaux peuplement- de genevrier rouge de Phénicie Arar de genevrier oxycèdre, Thaga, de chênes de pins d'Alep. Mais beaucoup de mamelons gréseux sont plantés d'arbres distants l'un de l'autre de plusieurs dizaines de mètres ; ce qui donne d'ailleurs un aspect assez curieux de nature à tenter un peintre. Parfois la végétation est constituée simplement par de grandes touffes d'alfa, aux-quelles les moutons ne 
s'attaquent que quand ils n'ont absolument plus rien à manger.

Aflou

---------Entouré des hauts fuseaux des peupliers d'Italie, le centre d'Aflou n'a pas moins de 22 hectares de prairies naturelles exploitées par la S.A.P. et c'est un spectacle curieux que d'y voir faire la fenaison et d'y voir paître des vaches qui sont loin d'être maigres. Les maisons n'ont généralement pas d'étage, mais sont bien construites, le long des rues tirées au cordeau, et aménagées de façon à lutter contre le froid. Quand le vent souffle, la promenade y est austère. Quand le temps s'adoucit, tout s'éclaire et bien des robes bleues, rose pâle ou vert clair, chargées de lourds bijoux, égayent plus ou moins furtivement le pas des portes.

---------La mosquée fait honneur au pays. Construite en 1902 avec le produit d'une collecte, elle peut contenir mille fidèles et son minaret élancé n'a pas moins de quinze mètres de hauteur. Dominant les toits de tuiles sombres, il donne du cachet à la ville quand on découvre celle-ci du haut des collines pierreuses qui l'entourent. L'autre bâtiment important est le bordj administratif construit en 1871.

Les tribus

---------Les Amour, qui ont donné leur nom au pays, sont une confédération de tribus arabes nomades dont la plus grosse partie est maintenant plus à l'ouest. Suivis par d'autres hilaliens, ils ont submergé un vieil élément berbère. Ils sont actuellement représentés, dans le Djebel Amour par les trois douars des Ouled Mimoun, Chéraga et Gheraba, et des Ouled Sidi Hamza. Les Ouled Mimoun Chéragas (orientaux) ont Aflou sur leur territoire ; leurs terrains sont assez pauvres et surtout forestiers. Les Ouled Mimoun Gheraba (occidentaux) furent historiquement la tribu dominante, directrice, mais ils n'ont pas conservé cette place comme s'ils avaient épuisé le plus clair de leurs forces dans les luttes intestines. On trouve pourtant chez eux la grande famille Nourreddine et un certain nombre de fonctionnaires.

---------Les Ouled Sidi Hamza, au sud-ouest, sont un douar nettement présaharien. Leur territoire, qui touche à la mer d'alfa d'un côté, tombe sur le Sahara par des abrupts de plusieurs centaines de metres. C'est de ce côté surtout que l'on se rend compte de la hauteur du massif. Les Ouled Sidi Hamza élèvent des chevaux et cultivent de l'orge malgré une sévère érosion éolienne. C'est chez eux que pas-se la piste des grands nomades du sud, Salt Otba, dont le qçar Taouïala est le principal gîte d'étape entre Ouargla et le Sersou. Les femmes Hamzias sont célèbres pour leur beauté.

---------Les Adjalètes et les Ouled Sidi Brahim, au nord et au nord-ouest commandent la mer d'alfa et la plaine d'El-Ousseukh. Leurs pacages sont exposés aux pluies, leurs dayas sont plantées d'orge et de blé dur. Ils nomadisent sur leur propre territoire, ce qui représente d'ailleurs un rayon assez vas-te, le douar adjali ayant 127.000 hectares. Leur cheptel s'est reconstitué depuis le désastre de 1945. La possession d'un troupeau de quinze à vingt têtes pourrait assurer un minimum vital à chaque fa-mille et l'on a remarqué que les gros troupeaux en période critique, souffrent plus que les petits et les moyens. Le S.A.R. d'élevage modèle des Adjalis, à Guelta, est, je crois, le premier à s'être constitué en Algérie. Il a été suivi de quatre autres, chez les Ouled Yagoub, les Amour, les Naceris et dans les Gadas ce qui fait honneur aux administrateurs qui ont travaillé à Aflou depuis une dizaine d'années.

---------Au sud et sud-est, vers la commune mixte de Laghouat, les Ouled Ali Ben Ameur, mélangés sans doute de hilaliens et de berbères, sont particulièrement pauvres, vivant sur une forêt résiduelle et des peuplements d'alfa peu denses. Des irrigations judicieuses et l'utilisation rationnelle des curieuses résurgences de l'Oued Morra, pourraient peut-être améliorer leur sort.

---------Le douar des Ouled Yagoub el Ghaba (de la forêt) est nettement montagneux et abrite dans ses gadas, massifs abrupts découpés longitudinalement par des gorges profondes à falaises verticales, des descendants de Berbères, tels les Ouled Srour sans doute, qui y trouvèrent refuge contre les Banou Hilal, comme les chrétiens catholiques y avaient, dit-on, fui auparavant les Vandales ariens. Ils élèvent des chèvres, font du charbon de bois et du goudron (avec le bois de genèvrier oxycèdre) et mangent à l'occasion les baies de genèvriers. Nous verrons fout à l'heure, en parlant d'El-Ghicha, une des curiosités du pays. On y a signalé des dépôts salins et des bitumeux qui ont servi aux gazogènes pendant la dernière guerre.

---------Les Ouled Yagoub Chéraga et les Ouled Yagoub Ghéraba, au sud et à l'ouest, purs hilaliens venus de Tunisie au XIVme Siècle, sont de grands éleveurs et les seuls qui nomadisent loin du Djebel, allant jusque près de Ghardaïa en hiver et Montgolfier, dans le nord, en été ; ce qui leur permet de faire un peu de commerce et de travailler aux moissons dans le Tell, qui a d'ailleurs attiré et retenu une partie d'entre eux dans les périodes difficiles. On pourra se faire une idée des hauts et des bas de la richesse d'une tribu nomade, si l'on songe que ces deux douars, de 6.000 habitants environ, perdirent cinquante mille moutons pendant la sécheresse de 1945-1947, et que leur cheptel camelin passa de quelques milliers à quelques centaines de têtes. Pour l'ensemble de la commune, on a vu, au cours de cette période désastreuse, les ovins passer de 400.000 à 20.000.
---------Les Ouled Sidi-Naceur appartiennent administrativement à la commune mixte, mais sont plutôt orientés géographiquement et historiquement vers Géryville. Ils se séparèrent naguère des Ouled Si-di Cheikh pour se rallier aux Amour et à l'agha Eddine. Ils sont relativement favorisés au point de vue eaux et pacages et l'on songerait à utiliser l'Oued Qçab pour des cultures luzernières ou fourra-gères.


Les Qçour

---------En dehors du centre d'Aflou qui s'est développé depuis l'administration française et a quelques 4.500 âmes, les qçours habités par les sédentaires n'ont guère qu'une population de 3.000 âmes, ce qui est peu pour les 35.000 habitants de la commune, dont la grande majorité, on le voit, vit sous la tente. Sans modifier le caractère essentiellement pastoral de l'économie du pays, les qçouriens n'en jouent pas moins un rôle important. Ils sont aux articulations, aux noeuds de passage, gardent les marchés et les gîtes d'étapes, cultivent les jardins qui produisent des légumes et des fruits, ont des ateliers d'artisans, des écoles coraniques et, depuis peu, des éc oies françaises dont on attend beaucoup.
---------Ces villages semblent avoir été autrefois plus nombreux, Pour six qçour actuels, dont quatre seulement importants, on en connaît trente-cinq en ruines. Mais tous ne sont sans doute pas du même âge. Les plus anciens, bâtis sur des pitons, sont les souvenirs de la vieille économie du pays, avant la venue de nomades berbères zénètes, d'abord (Béni-Rached), puis arabes hilaliens. Les qçour suivants, construits généralement autour de la tombe d'un marabout d'origine confrérique, durent s'adapter à la vie des nomades auxquels ils fournirent des lieux de repos, d'échange et de plaisir ; n'ayant plus à craindre l'hostilité de ces nomades, ils s'établirent généralement, non plus sur des pitons, mais aux points d'eau, ou près des oueds alimentant des séguias d'irrigation. Ils furent construits avec soins, s'entourèrent de remparts pendant les périodes où cela était indiqué. Quand les Béni-Hilal remplacèrent les Béni-Rached, la différenciation s'accentua entre arabes nomades et qçouriens mélangés plus ou moins de berbères ; mais la stabilisation s'opéra avec l'échange de la protection contre les produits de cultures.
---------Après l'arrivée des Français, le centre d'Aflou grandit considérablement, mais la population des qçour resta à peu près stationnaire, alors que la population nomade passa d'environ 9.000 en 1886 à près de 3.000 aujourd'hui.
---------L'économie des qçour a des hauts et des bas, quoique moins brusques et moins brutaux que ceux qui éprouvent les nomades. Il y a une centaine d'années, les voyageurs signalaient chez les qçouriens une grande misère et un état sanitaire déplorable. Celui-ci s'est notablement amélioré et l'on ne voit plus guère ces signes de dégénérescence. L'excès de la population est allé surtout à Aflou, les riches pour y trouver du confort et des affaires, les pauvres pour y chercher du travail et des secours. L'établissement de la sécurité et le progrès économique ont profité d'abord, un temps, plus aux éleveurs qu'aux cultivateurs ; mais les hauts et les bas se répercutent finalement sur ceux-ci plus ou moins. Un changement de climat caractérisé par l'accentuation de la sécheresse a joué contre les cultivateurs des jardins ; avec régularité, tandis queles grandes crises déciment périodiquement les trou-peaux des éleveurs ; et la ruine de ceux-ci paralyse naturellement le commerce de ceux-là. Les éleveurs nomades pourront voir leur situation améliorée par les S.A.R. avec points d'eau, baignoires pour soigner les moutons malades, réserves fourragères et système d'assurance pour les temps difficiles. Ces améliorations retentiraient favorablement dans lesqçour où de meilleurs méthodes de culture et l'accroissement des irrigations se feront jour. On peut attendre des nouvelles écoles françaises, qu'on voit partout surgir, d'heureux résultats à cet égard.
---------De même que la nature offre, à côté de la lutte pour la vie, l'entr'aide mutuelle, moins spectaculaire mais non moins réelle et nécessaire, de même l'opposition nomades - sédentaires, sur laquelle on a tant insisté, se révèle aussi interdépendance et coopération où chacun trouve son intérêt.


Emile DERMENGHEM

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Aflou.Arabic آفلو العربية

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